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À l’approche du 39ᵉ sommet de l’Union africaine et dans le sillage de l’élection de Mahamoud Ali Youssouf à la présidence de la Commission, l’institution continentale se trouve à un moment charnière. Longtemps perçue comme le socle du panafricanisme institutionnel, elle évolue désormais dans un environnement international fragmenté, marqué par la compétition des puissances et la primauté des rapports de force. La question est désormais centrale : l’Union africaine est-elle engagée dans une mutation maîtrisée ou glisse-t-elle vers une rupture progressive avec ses principes fondateurs ?

Une posture politique sous tension

Sur le plan politique, l’Union africaine affiche un réalisme assumé. Elle continue de défendre les normes constitutionnelles tout en composant avec la multiplication des transitions militaires. Cette approche privilégie le dialogue à la sanction, dans l’idée que l’isolement affaiblit plus qu’il ne stabilise. Toutefois, cette tolérance répétée finit par fragiliser le principe même qu’elle cherche à préserver, au risque d’éroder sa crédibilité politique continentale.

Une intégration économique encore contrainte

Le projet d’intégration économique reste l’un des piliers du récit africain : marché commun, libre circulation, autonomie collective. Pourtant, la dépendance persistante aux financements extérieurs limite l’autonomie stratégique de l’institution. L’agenda économique avance, mais trop souvent sous contrainte, au rythme des partenaires internationaux plutôt que d’une volonté continentale pleinement souveraine.

Un déficit de connexion avec les sociétés africaines

Socialement, le fossé se creuse. Jeune, connectée et urbaine, une grande partie de la population africaine peine à se reconnaître dans une Union perçue comme éloignée des réalités quotidiennes. L’institution reste associée aux sommets diplomatiques et aux déclarations, plus qu’aux réponses concrètes en matière d’emploi, de mobilité et de dignité sociale. Cette distance alimente une perte de légitimité symbolique préoccupante.

Des enjeux technologiques encore mal maîtrisés

Sur le terrain du numérique et de la souveraineté technologique, les prises de conscience existent, mais les réponses demeurent fragmentaires. L’Afrique reste majoritairement consommatrice de technologies conçues ailleurs, sans cadre continental suffisamment solide pour protéger ses données et ses intérêts stratégiques. Dans un monde où l’innovation est un levier de puissance, ce retard constitue un risque structurel.

Une voix climatique affirmée mais peu opérationnelle

Sur les questions environnementales, la parole africaine s’est renforcée sur la scène internationale, notamment autour de la justice climatique. Toutefois, cette visibilité diplomatique contraste avec la faiblesse des mécanismes de mise en œuvre. Les engagements peinent à se traduire en actions concrètes, faute de coordination, de financements et de capacités opérationnelles.

Un arsenal juridique sous-exploité

Juridiquement, le continent dispose de normes ambitieuses et d’un cadre institutionnel dense. Le problème ne réside pas dans l’absence de règles, mais dans la difficulté à faire accepter et appliquer une autorité politique réellement partagée par les États membres. L’écart entre le droit proclamé et le droit effectif demeure l’un des principaux talons d’Achille de l’Union.

Entre adaptation et affirmation

Loin des lectures manichéennes, l’Union africaine apparaît aujourd’hui comme une institution en équilibre instable. Elle dispose d’atouts majeurs — légitimité continentale, capacité de médiation, centralité institutionnelle — mais reste freinée par une lenteur décisionnelle, une dépendance financière persistante et une difficulté à porter une vision mobilisatrice.

À l’issue de ce 39ᵉ sommet, l’Union africaine semble moins engagée dans une rupture que dans une mutation prudente. Elle ajuste ses positions, négocie ses marges et privilégie la stabilité à la confrontation. Le renouvellement de son leadership ouvre néanmoins une séquence décisive : celle d’un possible rééquilibrage entre principes et pragmatisme, entre normes affichées et capacité d’action réelle. L’avenir de l’Union africaine se jouera moins dans la solennité des déclarations que dans sa faculté à transformer le compromis en influence et l’adaptation en véritable projet politique continental.

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